Mme George Pau-Langevin alerte Mme la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, sur les conséquences liées à l’augmentation drastique des frais d’inscription à l’université pour les étudiants étrangers hors Union européenne, annoncée par le Gouvernement.

D’abord, elle s’étonne de cette décision alors que la stratégie du Gouvernement a pour objectif l’augmentation du nombre d’étudiants étrangers dans les universités françaises. Ainsi, à l’occasion des rencontres universitaires de la francophonie le 19 novembre 2018, le Premier ministre a déclaré vouloir « accueillir plus d’étudiants étrangers », avec l’objectif « d’atteindre 500 000 étudiants en mobilité à l’horizon 2027 ». Cette stratégie contribue d’ailleurs pleinement au rayonnement de la France à l’international, un rayonnement par le savoir qui a pour ambassadeur les étudiants étrangers qui étudient en France. En effet, une année de licence coûtait 170 euros par an en 2018 à ces étudiants étrangers, elle leur en coûtera 2 770 euros en 2019. Un étudiant en master devra lui débourser 3 770 euros contre 243 euros aujourd’hui. Une telle présentation laisse croire que ces étudiants coûtent trop cher. Pourtant elle rappelle qu’en 2014, Campus France a réalisé une étude auprès d’un échantillon représentatif afin de cerner l’apport économique des étudiants étrangers à la vie du pays. Il en ressort que le coût de ces étudiants étrangers pour le budget de l’État peut être évalué à 3 milliards d’euros environ mais que l’apport de ces étudiants à l’économie française se monte, lui, à 4,65 milliards euros.

Ensuite, elle dénonce le tri économique qui est opéré entre les étudiants étrangers hors Union européenne mais aussi la mission, nouvelle, pour les universités de contrôle de la situation juridique de ces étudiants, alors même que celle-ci relève du champ de compétence préfectoral. Avec cette réforme, les universités devront contrôler les titres des étudiants puisque le montant des droits d’inscription dépend de leur statut. Elle rappelle que la circulaire interministérielle du 15 octobre 2002 a admis que les universités n’ont pas à contrôler la situation juridique des étudiants étrangers.

Enfin, elle rappelle que d’autres mesures plus prioritaires auraient pu être envisagées pour lever les véritables obstacles auxquels sont aujourd’hui confrontés ces étudiants, à savoir le marathon administratif ou encore le coût élevé des démarches à suivre.

C’est pourquoi elle lui demande les mesures qu’elle compte prendre pour encadrer, voire abroger, cette augmentation pénalisante pour ces étudiants. Aussi, elle souhaite connaître les intentions du Gouvernement quant aux nouvelles conditions d’attribution des bourses sur critères sociaux.

Réponse publiée le 12 février 2019

La population étudiante internationale est aujourd’hui en hausse, les mobilités académiques sont de plus en plus courantes dans les parcours de formation et ce mouvement s’intensifiera dans les prochaines années.

Il y a actuellement 5,5 millions d’étudiants en mobilité à travers le monde et ils devraient être 9 millions en 2025 (Unesco, 2018). Le plan « Bienvenue en France », présenté par le Premier ministre le 19 novembre 2018 et porté par le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (MESRI), vise ainsi à renforcer l’attractivité de notre pays avec un objectif clairement affiché : accueillir au moins 500 000 étudiants internationaux à l’horizon 2027. De par son histoire, sa culture et son rayonnement, la France a toujours été un grand pays d’accueil pour les étudiants du monde entier. Il s’agit ainsi de la 4e puissance mondiale pour l’accueil d’étudiants internationaux et de la première du monde non-anglophone. Ce statut n’est pas acquis et pourrait être significativement remis en cause faute de modernisation de notre politique d’accueil.

En effet, de nouveaux acteurs universitaires internationaux, en Chine, en Turquie, en Inde ou au Moyen-Orient s’engagent ouvertement pour attirer des étudiants du monde entier en déployant des stratégies très volontaristes. Afin de remplir l’objectif annoncé par le Premier ministre, le plan « Bienvenue en France » décline trois priorités d’action. Il s’agit, tout d’abord, d’améliorer les conditions d’accueil et de séjour des étudiants internationaux afin de hisser nos établissements d’enseignement supérieur au niveau des meilleurs standards internationaux en la matière. Cela consiste en une simplification des procédures de délivrance de visas, en la création de guichets uniques dans les universités pour que les étudiants internationaux aient un interlocuteur identifié, et en proposant davantage de formations en anglais et plus de cours de français intensif pour les étudiants non francophones. Dès 2019, le fonds “Bienvenue en France” doté de 10 millions d’euros, soutiendra ces actions concrètes et un label sera mis en place par Campus France pour permettre aux futurs étudiants d’identifier les établissements les plus investis dans leur accueil. Cette initiative sera financée au moyen de frais d’inscription différenciés afin de permettre aux étudiants internationaux qui en ont les moyens de pouvoir contribuer, à leur tour, au financement de l’université. Cela s’accompagnera d’une série de mesures visant à consolider notre politique de solidarité internationale à destination des étudiants internationaux qui en ont le plus besoin.

Ainsi, le nombre de bourses et d’exonérations de droits d’inscription délivrées au niveau de l’État, soit par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères, soit par le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, sera multiplié par trois. Les universités pourront à leur tour définir leur politique de solidarité internationale en délivrant des bourses et des exonérations supplémentaires. Les étudiants internationaux qui bénéficieront de ces bourses auront une priorité pour l’accès au contingent dédié de logements étudiants gérés par les CROUS. Des dispositifs complémentaires pourront également être mis en œuvre par les collectivités territoriales qui le souhaiteront.

Pour les étudiants internationaux qui n’obtiendront pas de bourses ou d’exonérations nationales ou universitaires, l’État continuera de prendre à sa charge les deux tiers du coût des formations en signe d’ouverture et de solidarité. Que ce soit dans le cadre d’un accord international, de bourses nationales ou de bourses d’établissements, aucun étudiant international aujourd’hui inscrit en France dans une formation ne sera concerné par l’application des droits différenciés. Des mesures d’exonération seront également appliquées aux étudiants suisses, québécois ou venants en France dans le cadre d’un partenariat entre universités qui prévoit déjà une exonération, notamment les étudiants qui sont accueillis dans le cadre de programmes d’échange comme Erasmus+. Le ministère en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche veillera également à ce que les frais de scolarité des doctorants internationaux puissent être compris dans les financements de leurs thèses afin de conforter le rayonnement international des établissements universitaires français.

Le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation réaffirme la relation privilégiée de la France avec plusieurs États du Maghreb et d’Afrique, ainsi que la formidable richesse culturelle que représente la Francophonie. Les bourses accordées par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères concerneront prioritairement les étudiants ressortissants de ces États partenaires. Il en va de même pour celles qui seront décidées par les universités. Le troisième volet du plan « Bienvenue en France » vise à soutenir la projection internationale des établissements français. Plus d’étudiants internationaux doivent pouvoir choisir la France et l’enseignement supérieur français sans nécessairement quitter leur pays. Un fonds d’amorçage de 5 millions d’euros permettra ainsi de soutenir les projets qui voient le jour, dans le prolongement du campus franco-sénégalais annoncé par le Président de la République en février 2018 ou du campus Franco-tunisien. L’AFD (agence française de développement) sera ensuite chargée de soutenir l’implantation des établissements français à l’étranger.

La stratégie « Bienvenue en France » vise donc à développer l’attractivité française tout en donnant l’opportunité aux étudiants internationaux qui le souhaitent de choisir la France et son enseignement supérieur.