Un hommage aux 80 qui dirent non par Jean-Michel Rosenfeld
Posté le mar, 13/07/2010 - 14:18par La rédaction
Il y'a 70 ans.
Le 17 juin 1940, Philippe Pétain, alors président du Conseil, déclare : « je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur ». Et il annonce : « c’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat ». Moins d’un mois après cet armistice, les parlementaires réunis à Vichy lui délèguent à celui qui est chef du gouvernement depuis le 16 juin les pleins pouvoirs pour préparer une nouvelle constitution qui assassinera la IIIème République née en 1875. La loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 ne contient qu’un article unique qui stipule notamment: « L’Assemblée nationale donne tout pouvoir au gouvernement de la république, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à l’effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle constitution de l’Etat français. Cette constitution devra garantir les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie ». Sur 649 votants (414 députés et 235 sénateurs), 569 votent pour. Seuls 80 voteront contre (dont 36 parlementaires SFIO) et 20 s’abstiendront. Rappelons que c’est l’assemblée de 1936 qui avait donné une majorité au gouvernement du Front Populaire qui conférera les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.
Un hommage aux 80 qui dirent non
Léon Blum fait partie de ceux qui s’opposeront. Dans ses Mémoires, il évoquera en ces termes l’atmosphère de Vichy en juillet 1940 : « j’ai vu là, pendant deux jours (les 9 et 10 juillet), des hommes s’altérer, se corrompre comme à vue d’œil, comme si on les avait plongés dans un bain toxique. Ce qui agissait, c’étai la peur : peur des bandes de Doriot dans la rue, peur des soldats de Weygand à Clermont-Ferrand, peur des Allemands qui étaient à Moulins…ce dont il n’y a pas (non plus) dans l’histoire, c’est un pays modifiant sa constitution en présence de l’ennemi, pendant qu’il était occupé par l’ennemi, et sinon sous la pression directe de l’ennemi, du moins pour s’aligner avec les institutions de l’ennemi ».
70 ans après, il faut se souvenir et rendre hommage à ses 80 qui furent en fait les premiers à dire non, les premiers à résister et qui marqueront pour les cinq terribles années qui vont suivre le signal du départ de la Résistance. Trois mois plus tard, à Montoire, la chef de l’Etat français, Philippe Pétain, rencontrera Hitler.
Victor Hugo a écrit : « les souvenirs sont nos forces, quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates comme on allume des flambeaux ». Les flambeaux sont le poids de notre histoire mais aussi la force et la vivacité de la jeunesse.
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