Il y a 50 ans, le 17 octobre 1961.

Ce midi comme chaque année, le Maire de Paris a déposé une gerbe à la mémoire des Algériens jetés à la Seine lors de la terrible répression de la manifestation pacifique qu’ils avaient organisée pour marquer leur soutien au FLN.

 

Le Préfet de police de Paris, à l’époque Maurice Papon, n’avait pas hésité à rafler les manifestants dans des cars où ils étaient roués de coups. La Seine ce soir là avait charrié un grand nombre de cadavres.

 

Le bilan officiel de la manifestation était de quelques morts alors que les archives officielles selon des fonctionnaires courageux permettent d’établir avec certitude qu’il y en a eu plus d’une centaine. La réalité de la tragédie, toujours contestée par les autorités a pu être établie grâce aux bouleversantes photos réalisées par le photographe du MRAP, Elie Kagan.

 

Je me souviens très bien comment Maurice Papon, quand je l’ai interrogé sur ce drame, lors du procès où il était jugé à Bordeaux sur son rôle dans la déportation des juifs, m’a opposé un déni méprisant malgré la déposition circonstanciée de l’historien Jean Luc Einaudi.

Aujourd’hui il faut que la vérité soit faite, que les documents existant dans les archives officielles soient produits, et que les autorités reconnaissent la responsabilité de l’état dans ce drame. Notre pays qui garantit la liberté de manifestation, le droit de peuples à disposer d’eux-mêmes, se grandirait en agissant de la sorte.

Rappel de l’audience du 15 Octobre 1997 à la Cour d’Assises de Bordeaux :

 

Puis Maître Pau-Langevin (MRAP) entame une série de questions sur les massacres du 17 octobre 1961 à Paris. " Papon s’en souvient-il et regrette-t-il ? "

 

Papon " Je n’ai pas saisi "

 

Maître Pau-Langevin répète sa question.

 

Papon " On a fait du 17 octobre un tableau polémique et évidemment exclusivement tourné contre moi. Les manifestants ont littéralement déferlé dans les rues de Paris . Il n’y a pas eu de débordement. Des répressions se sont limitées à faire monter les algériens dans les cars. PAS DE MORTS sauf les algériens dans la Seine. Les identifications ont montré que les algériens assassinés étaient du PPA ou du N.D.L.D., des groupes dissidents du F.L.N.. C’est le F.L.N. qui les a tués et mis cela sur le dos de la police. L’enquête s’est terminée par un non-lieu pour la police. Il ne faut pas croire tout ce que disent les journaux surtout les gauchistes. Il est inimaginable que la police ait commis de tels actes ".

 

Maître Pau-Langevin " Comment explique-t-il alors les articles très durs de la presse, même la presse non gauchiste "

 

Papon "  Il y a eu des brutalités peut-être, mais tout ce que disent les journaux n’est pas vrai, des assassinats non ! Il n’y en a pas eu "

 

Maître Tubiana "  Vous dites que 300 personnes ont été tuées et que cela relève d’un règlement de entre le F.L.N. et le PPA ? Le confirmez-vous ? "

 

Papon " Oui "

 

Maître Blet "  Les hommes politiques ont témoigné contre ce que dit Papon, des policiers ont dit avoir vu des collègues jeter les manifestants à la Seine, qu’en pense-t-il ? "

 

Papon "  Il n’y en a pas eu, cela n’a pas existé. Les enquêtes l’ont prouvé. Ces dépositions sont postérieures aux enquêtes "

 

 

Fichiers attachés