Visite émouvante d'Oradour sur Glane
Samedi 28 mars, j'ai eu le plaisir d'être invitée par mon vieil ami Jean-Claude Chevassus à animer la fête de l'amitié organisée chaque année à Limoges, qui réunit toutes les associations antiracistes, les mouvements défendant les droits de l'homme ou la solidarité avec le Tiers monde que compte la Ville. J'ai été très gentiment accueillie par la Fédération du Parti Socialiste locale ainsi que par les élus, notamment la Députée, Présidente du Conseil Marie Françoise Perol-Dumont.
Après une soirée consacrée aux débats et à la dénonciation de la politique menée depuis quelques années sous la houlette de Nicolas Sarkozy, terminée par un sympathique repas avec des couscous ou poulet kwassa préparé par les associations immigrées, le lendemain matin nous nous sommes rendus à Oradour sur Glane pour nous recueillir dans le village martyr. Chacun se souvient de cette page effrayante dans l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale où quasiment toute la population civile d'un bourg paisible, soit environ 600 personnes, dont de nombreux enfants, ainsi que des vieillards, s'est retrouvée anéantie sans qu'on puisse rattacher ce massacre à une cause immédiatement perceptible.
Il semble que l'armée allemande, ce 10 Juin 1944, ait décidé de faire un exemple et d'impressionner toute personne susceptible d'entraver sa marche vers la Normandie, où venait de débarquer l'armée alliée. Certes, des résistants étaient à l'oeuvre dans cette région comme ailleurs, mais ce sont bien des populations civiles, des femmes, des enfants, des artisans bouchers ou garagistes qui sont rassemblés ce jour là en divers points de ce gros bourg commerçant, notamment dans l'Eglise et qui ont été méthodiquement abattus.
Le village est demeuré en l'état et en se promenant dans ces ruines où la vie s'est arrêtée brutalement, on se croirait presque à Pompei. Mais ici ce ne sont pas les éléments naturels, c'est la folie humaine qui a provoqué la tragédie. Le cimetière du village en particulier est un lieu impressionnant puisqu'outre le monument dédié , nombre de tombes consacrent la mémoire de tel ou tel habitant jeune ou âgé qui a disparu le 10 Juin 1944. On voit encore les photos de la jeune institutrice dont le journal plein de sagesse est devenu une référence.
Je repense à cet endroit aux débats qui ont agité la Mission Mémorielle au Parlement. Certes, il n'appartient pas aux politiques d'écrire l'Histoire et donc il est légitime que les historiens fassent la lumière sur le déroulement des évènements, sur les raisons de cette tuerie qui peut sembler inexplicable. Il leur appartient cependant de faire en sorte que cet épisode douloureux ne soit pas oublié, que le déroulement des faits ne soit pas altéré en sorte que les victimes ou leurs descendants ne se sentent pas insultés, d'entretenir aussi ce lieu de mémoire pour que le souvenir puisse éclairer les enjeux du présent.
Quand on traverse ces lieux, témoignages des drames qu'une idéologie pernicieuse et raciste comme le nazisme, une haine entretenue entre deux peuples voisins a pu causer, on ne peut que se féliciter de ce que la construction européenne nous permette de vivre en paix depuis plusieurs décennies alors que l' Europe l'avait si peu connue depuis des siècles.
En cette période où, à l'occasion des élections européennes, un certain nombre de critiques vont à nouveau pleuvoir sur la construction européenne, son juridisme et la bureaucratie bruxelloise, n'oublions pas l'essentiel qui est de nous permettre de vivre autrement avec nos voisins européens et d'arriver à régler par la concertation toutes les crises qui surviennent immanquablement.
Visiter Oradour une semaine avant le sommet du G20 et la rencontre des chefs d'état à Strasbourg, quel raccourci de notre époque !



