Une soirée avec Racine

bouffes.jpg Certains soirs on goûte pleinement le bonheur d’habiter Paris. Vendredi, après deux pieds d’immeubles à la cité l’Herminier et à Saint Blaise, je me suis offert une petite halte dans la campagne en allant aux Bouffes du Nord voir Bérénice, la pièce de Racine.

Ce qui frappe d’abord bien sûr c’est la beauté de la langue classique, pure, limpide exprimant à merveille, sans outrance les déchirements des personnages, tel Titus qui doit renoncer quand il devient empereur de Rome à sa liaison avec la reine de Palestine qu’il avait ramenée avec lui après la chute de Jérusalem. Ce texte est  servi  remarquablement par le duo  Lambert Wilson et Carole Bouquet.

Ce qui m’a frappée, c’est la modernité de cette pièce qui rassemble nombre de questions qui demeurent posées aujourd’hui. D’abord bien sûr l’interdiction posée par le Sénat romain d’une union entre un souverain républicain et une reine, mais surtout entre un romain et une étrangère. On voit bien que déjà, les sentiments résistent aux  limites posées par des lois même si celles-ci semblent alors indépassables. M. Hortefeux qui déploie une telle énergie pour traquer les mariages entre Français et étrangers ferait bien de lire Racine .

Le personnage d’Antiochus, prince oriental qui éprouve un amour sans espoir pour cette reine juive de Palestine nous renvoie à la complexité actuelle de la situation dans la région. Dans cette pièce, le prince régnant est conscient des devoirs de sa charge, et sacrifie son bonheur d’homme à ses obligations de dirigeant même si le choix lui semble cruel. Nous sommes bien loin de notre chef d’Etat actuel qui tel un gamin capricieux veut tout à la fois bénéficier des pouvoirs et du respect attachés à sa fonction sans pour autant consentir les efforts nécessaires pour mériter ceux-ci. 

Allez y ! Vous passerez une belle soirée.

Fichiers attachés