A propos du prix Edgar Faure
Depuis plusieurs années j’ai le plaisir de faire partie du jury du prix Edgar Faure, qui distingue tous les ans un livre politique. Il a été créé par son petit fils Rodolphe Oppenheimer, Elu des Hauts de Seine, qui a tenu à faire vivre la mémoire de cet homme politique brillant et doté de multiples dons allant de l’amour de la littérature ancienne à l’érudition juridique, dont la vivacité intellectuelle et l’humour faisaient oublier une forme d’inconstance dans ses fidélités politiques.
Il est considéré comme assez représentatif de centristes de la IVème République bien qu’il ait effectué une carrière tout à fait remarquable sous la Vème. C’est à lui notamment que le Général de Gaulle confia le poste fort exposé de ministre de l’Education après les évènements de mai 1968.
Les auteurs distingués par les prix sont ainsi mis sous le feu des projecteurs, exposition fort bénéfique pour la suite de leur carrière. C’est ainsi que Bruno Lemaire fut assez justement primé pour un livre qui décrit l’affrontement brutal même s’il se passe toujours à fleurets mouchetés entre Villepin et Sarkozy.
Cette année, comme d’habitude, participer au jury est l’occasion de découvrir des ouvrages divers mais passionnants.
Inutile de s’attarder sur le pesant ouvrage de Frédéric Lefebvre alors que le titre qu’il avait choisi se référant à la maxime « le mieux est l’ennemi du bien » aurait du l’inciter à ne pas aligner 500 pages de texte.
Passons aussi sur le petit livre qui nous permet de mieux connaitre Fromentin le nouveau maire de Neuilly sur Seine.
Je fais une place particulière à l’émouvant recueil de lettres publié par mon ami Jean Michel Rosenfeld qui évoque la période où son père était prisonnier dans un stalag, ses relations avec sa famille, son souci pour son petit garçon qui passait avant les privations qui lui étaient infligées. Nous avons réalisé dans le 20° une lecture de ces lettres croisées avec celles entre Thais Jacubovitz et son mari séparés aussi durant la même période et ce fut une séance fort émouvante. Mais le livre me semble plus historique et de témoignage que précisément politique.
Il serait aussi assez original de voter pour la biographie de Poujade, l’ancien maire de Dijon, et Secrétaire Général du RPR, fort intéressante et bien écrite, mais qui n’hésite pas à relater quelques épisodes marqués par son inimitié envers Edgar Faure.
L’excellente biographie de Françoise Giroud en revanche est passionnante car elle évoque la vie d’une femme extraordinaire, perfectionniste, aimant le pouvoir, en décortiquant les ressorts de sa remarquable ascension. Mais en même temps elle évoque la fragilité du personnage, son amour éperdu pour JJSS, le drame qu’a représenté la mort de son fils, donc elle rend sensible et attachante celle dont on connaissait surtout le personnage public.
Enfin à moitié livre de souvenirs et objet d’art se trouve le très beau livre sur François Mitterrand. Ce témoignage à la riche iconographie, nous rappelle l’extraordinaire aventure de celui qui à ce jour est demeuré le seul Président de gauche de la Vème République. En cette année où l’élection présidentielle est enclenchée, trente ans après mai 1981, il prend bien sûr une dimension toute particulière aux yeux de tous, quel que soit le parti politique dont on se sent proche. Vivement le 8 Novembre pour le dénouement et l’attribution du prix !
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