Haïti un an après le séisme, un bilan préoccupant, par Max Pierre-Fanfan

HAITI UN AN APRES LE SEISME

 

UN BILAN PREOCCUPANT

 

A l’occasion de la commémoration du premier anniversaire du tremblement de terre en Haïti, une table ronde-débat s’est tenue le jeudi 20 janvier à la maison de l’UNESCO à Paris (7ème).

L’objectif était de présenter, un an après le séisme du 12 janvier 2010, un bilan du processus de reconstruction initié le 31 mars 2010 au siège des Nations-Unis à New-York, lors de la conférence internationale des partenaires pour Haïti. Ce bilan s’avère préoccupant.

UNE CRISE HUMANITAIRE

« Nous sommes face à une crise humanitaire qui se double d’une crise morale. L’aide internationale n’est pas coordonnée », indique la directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, dans son discours d’ouverture. Aujourd’hui Haïti donne l’image d’un chantier à ciel ouvert.

Déjà un an…Et tout reste à faire. L’exigence de solidarité et de responsabilité paraît plus que jamais indispensables.

UNE GABEGIE

D’aucuns se prenaient à rêver que de ce cauchemar naîtrait une Haïti nouvelle –à tout le moins, ses fondations. Ce pays se trouve, un an après, en proie à la gabegie. L’Etat, qui peut s’appuyer sur les 9,3 milliards de dollars d’aides internationales promis à la conférence des donateurs en avril dernier, même si une infime partie a été pour le moment débloquée, se montre inefficace à la reconstruction de ce pays. « Le président René Préval n’a pas su gérer l’après-séisme. Il devait profiter de cette catastrophe pour lancer une grande campagne de mobilisation nationale », assène tout de go, le cinéaste haïtien Arnold Antonin, dont le documentaire projeté au cours du débat, « Chronique d’une catastrophe annoncée » peint le chaos qui règne dans Port-au-Prince.

LA BIDONVILLISATION

La «bidonvillisation» de la capitale se pérennise. Le Champ-de-mars, artère principale de la ville, est cerné par les camps de réfugiés. Le quartier du Canapé vert, sur les hauteurs de la capitale est envahi par les gravats. L’effort de reconstruction ne peut s’appuyer sur une administration publique, pratiquement inexistante.

Jusqu’à ce jour, force est de constater un certain désintérêt des dirigeants haïtiens pour tout ce qui à trait à l’édification d’un Etat moderne. De toute évidence, aucun progrès ne sera possible sans une véritable réforme de l’appareil de l’Etat s’appuyant sur une vraie démocratie. « Haïti est victime également de la folie d’une classe politique éprise d’abus de pouvoir », fustige Arnold Antonin au cours de son allocution à la tribune de l’UNESCO.

UN DEPASSEMENT

Plus nuancée dans ses propos, l’envoyée spéciale de l’UNESCO en Haïti, Michaëlle Jean refuse d’y voir le signe d’une fatalité, « le peuple haïtien n’est pas né pour le malheur. Haïti nous met à l’épreuve et nous force au dépassement », confie-t-elle avec un brin d’émotion dans la voix.

Au cours des deux tables rondes, les différents intervenants ont présenté des rapports dont «le pacte national pour l’éducation en Haïti », par le recteur de l’université de Quisqueya en Haïti, Jacky Lumarque.

Mais l’initiative la plus marquante revient au «  groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle ».

LE GRAHN

Ce groupe se veut une vigie citoyenne laïque et non partisane. Le GRAHN est composé de professionnels et d’experts haïtiens de différentes disciplines. Il œuvre pour un Etat de droit socialement juste, spatialement équilibré, capable d’assurer au peuple haïtien un niveau économique et une qualité de vie satisfaisante. « Notre réflexion nous permet de proposer une stratégie économique nationale fondée sur quatre grandes orientations : la lutte contre la pauvreté ; l’amélioration de la gouvernance économique, socle de tout progrès durable ; la décentralisation des services publics, afin de favoriser le développement équilibré de toutes les régions ; le développement durable à tous les échelons ; explique le président de GRAHN-Monde, Samuel Pierre.

L’ANNEE ZERO

Cela dit, la mise en place de tout projet de reconstruction repose sur l’édification de cet Etat de droit, sur une vraie démocratie, sur une stabilité politique. Une mal-gouvernance traverse, en effet, toute l’histoire de ce pays. La démocratie tant clamée n’a jamais vu le jour. Comme l’écrivait le poète martiniquais, récemment décédé, Edouard Glissant, «  la terre matrice des pays Antillais, Haïti…qui meurt à chaque fois de débattre entre ses élites nègres et ses élites mulâtres, tout aussi carnassières ».

D’aucuns ont parlé d’année zéro à la suite de ce séisme…Gageons que la date du 20 mars 2011 (qui verra s’affronter les deux candidats en lice pour la présidentielle, la juriste Mirlande Manigat et le chanteur Michel Martelly) sera, enfin, un tournant dans l’histoire de ce pays en marche vers sa (re) construction.

 

Max Pierre-Fanfan

Fichiers attachés