Du bon usage de la mémoire
Le Président de la République a annoncé ces jours derniers une de ces idées nouvelles qu’il croit efficace de lancer tout à trac devant la presse, sans consulter qui que ce soit. Celle de faire vivre le souvenir de la Shoah en demandant à chaque enfant de porter la mémoire d’un enfant juif déporté et disparu durant la dernière guerre mondiale.
Evidemment chacun comprend la nécessité de conserver la mémoire de périodes historiques dramatiques de manière à éviter la réitération d’atteintes au droits de la personne humaine. Mais il convient de procéder avec un minimum de doigté. Et il est vrai qu’infliger à des enfants de dix ans le poids de la disparition dramatique d’un enfant du même âge, et qui plus est par la faute des autorités de son pays peut constituer un poids psychologique beaucoup trop lourd pour lui.
Par ailleurs pourquoi privilégier telle ou telle page d’histoire alors que notre pays a connu des heures sombres visant les uns et le autres. Si on estime souhaitable qu’un enfant disparu ou décédé en raison d’un conflit politique dramatiques soit adopté ou évoqué dans une classe, pourquoi ne traiter qu’une période et ne pas élargir cette évocation à d’autres époques ou conflits historiques ?
Même les responsables des institutions juives ont dû se rendre compte de ce que la ficelle était un peu grosse et le clin d’oeil un peu trop racoleur.
J’ai rapproché cette annonce de la manifestation en cours depuis une bonne semaine, à laquelle j’ai été conviée par l’association parlementaire d’amitié France Maroc. Il s’agit d’une semaine d’évocation du judaïsme marocain évoquant les échanges et la vie d’une communauté juive installée au Maroc, pour une part depuis la conquête de Jérusalem par les romains au 1° Siècle, puis après leur départ de l’Andalousie et du Portugal considérée durant longtemps.
Après des siècles de relative harmonie, son éparpillement après l’indépendance du Maroc a signé la fin d‘une conception pluraliste et multiculturelle de ce pays. Aujourd’hui le nouveau souverain semble regretter cette époque et une forme d’appauvrissement de l’identité du pays.
J’ai assisté à une conférence intéressante et nuancée du Professeur Mohammed Kenbib au cours de laquelle la nostalgie des participants pour une certaine société chaleureuse et tolérante était perceptible.
Si sans doute le devoir de mémoire est essentiel n’est il pas aussi important pour notre pays de mettre l’accent sur ce qui rapproche ou a rapproché plutôt que sur ce qui divise ? Il ne faut pas fuir ces sujets y compris avec les enfants mais il n’est pas interdit de le faire avec un minimum de doigté et de respect pour tous ceux qui constituent la société française d’aujourd’hui.



