"Dignité : quelques questions sur la Burqa" ; l'édito de Bertrand Delanoe

Dignité : quelques questions sur la burqa.
Disons-le : la burqa est une prison dans laquelle on enferme les femmes au nom de préjugés d'un autre âge. Le visage n'a pas de vêtement : c'est une règle morale fondamentale. Ce qui crée l'être humain, ce qui le constitue comme tel aux yeux de ses semblables, c'est sa figure. Cachez-la, c'est son humanité que vous niez. Et peu importe que les victimes de cette négation soient ou non consentantes.
Donc, une loi ? C'est si simple, n'est-ce pas, chaque fois qu'un problème se pose, de réunir le Parlement et de lui soumettre un nouveau texte… C'est ainsi que, depuis 2002, les lois sur la sécurité se succèdent les unes aux autres avant même que leurs décrets d'application ne soient promulgués. Cela donne l'illusion de relever les défis, à peu de frais. Mais la réalité est hélas plus compliquée.
Une fois encore, on oublie Montesquieu : « Ne faites pas de lois inutiles, elles affaiblissent les lois nécessaires ». Il faut dire non, bien sûr, au voile intégral, et le faire par la loi. Mais il faut agir avec discernement : il n'est jamais anodin, et il est même sans précédent de légiférer sur l'apparence vestimentaire dans l'espace public. Je souhaite donc que le gouvernement renonce à la procédure d'urgence, comme l'y a invité le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Et surtout qu'il entende la mise en garde du conseil d'Etat sur la difficulté de légiférer au-delà des services publics et des transports publics. Rien, en effet, ne serait pire qu'une loi inapplicable, dont la faiblesse juridique, voire l'annulation par le conseil constitutionnel, constituerait de fait une victoire pour les intégristes.
Mais la question la plus grave est celle de la façon dont cette controverse a été introduite dans le débat public. Car il est temps que l'on cesse de nous raconter des histoires : en faisant d'un tel sujet le cœur de la vie intellectuelle et politique du pays, on a, avec sans doute plus d'irresponsabilité que de malice, désigné l'islam comme l'adversaire. Tout se passe comme si l'extrême droite était devenue l'astre noir de notre vie politique. Pour la séduire, tous les amalgames semblent autorisés, entre islam et délinquance, islam et polygamie, islam et fraude aux allocations familiales. Peut-être –et encore n'est-ce pas sûr- le gouvernement retrouvera-t-il ainsi quelques voix égarées chez les Le Pen. Mais il aura fait perdre à la France un peu plus de son âme.
Les premières victimes de cette manoeuvre, ce sont les musulmans de France, qui, dans leur immense majorité, pratiquent leur religion dans la fidélité à ses valeurs humanistes, et qui aiment, et servent, leur République. Ce pouvoir joue avec le feu.
Devant ce climat de méfiance et de soupçon qui se répand sur notre pays, il est temps de tirer une sonnette d'alarme. Car du soupçon à la haine, il n'y a qu'un pas, que franchit bien vite la légèreté des ressentiments. La semaine dernière, une boucherie halal de Marseille a été incendiée, et la mosquée d'Istres a été mitraillée. C'est le moment, non pas d'entretenir des débats indignes ou d'alimenter des amalgames suspects, mais de rappeler que l'islam a pleinement sa place dans la communauté nationale, et qu'il ne se confond pas avec ses contrefaçons ni avec ses caricatures complaisamment étalées. Face à un gouvernement qui divise et qui dresse les Français les uns contre les autres, c'est, pour les citoyens que nous sommes, l'heure de redonner à la République un peu de sa dignité perdue.
Bertrand Delanoë
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