Colloque : "Les banlieues, une chance pour la France"
Lundi matin, un colloque sur « les banlieues, une chance pour la France » s'est tenu au Sénat, à l'initiative de l'Institut Français de l'intelligence économique. Particulièrement intéressant, il s'est attaché à mettre en valeur la réussite et les projets de personnes issues de la banlieue ou à destination des personnes de banlieue. Faciliter l'accès au financement, créer des écoles, tisser un réseau à ceux qui n'en ont pas, autant de bonnes pratiques qui ont fait leur preuve et qu'il convient de soutenir.
En premier lieu, Dogad Dogoui, Président d'Africagora a plaidé pour des entreprises qui intègrent pleinement les personnes issues de la diversité et profitent ainsi de leur potentiel. Selon lui, les entreprises françaises doivent suivre l'exemple des firmes américaines qui s'adaptent aux spécificités des marchés qu'elles prospectent en intégrant dans leur équipe des personnes issues de la diversité. Il a ainsi expliqué que pour prospecter le marché indien par exemple, on oublie souvent que l'aide d'un collaborateur d'origine indienne peut s'avérer précieuse.
Puis Michel Montaldo, médecin et vice-président du conseil général du Val d'Oise, a apporté son témoignage sur la situation de Garges-les-Gonesse, la 14ème ville la plus pauvre de France. Malgré les mesures prises, la pauvreté s'aggrave dans cette ville : il y a 6 ans, 20% de ses patients bénéficiaient de la CMU, aujourd'hui, c'est près de 60%. La perpétuation de cette situation est alarmante, et vient notamment du fait que toutes les mesures prises oublient l'humain. Des actions de réhabilitation de l'habitat telles que celles menées par l'ANRU sont positives, mais devraient mettre la personne humaine au coeur de chaque dispositif.
Richard Delaye a rappelé qu'étymologiquement, la banlieue est « le lieu banni », où l'on désociabilisait ceux qui refusaient de se battre aux côtés du suzerain. Aujourd'hui, cette situation d'exclusion est toujours une réalité. Pour combattre ce problème, il s'agit d'encadrer les jeunes issus de la banlieue. Ainsi, il a créé une école supérieure de gestion à Saint Denis. Basée sur la formation en alternance, son école recrute à 85% des jeunes diplômés de bac pro. Son taux de placement est de 72% à l'issue de la formation, avec des premiers salaires compris entre 28 et 32 Keuros.
Puis Laurence Méhaignerie a présenté LM Partners, un fonds d'investissement qui finance et accompagne la croissance de petites et moyennes entreprises à fort potentiel. Le projet est parti d'une intuition : aujourd'hui, toute une génération d'entrepreneurs n'a ni le réseau, ni les diplômes, ni le capital qui permettent de croître rapidement. Les fonds d'investissement ont tendance à se diriger vers des entreprises qui leur ressemblent, et par conséquent ne rencontrent pas des entrepreneurs quelque peu atypiques, des autodidactes ou des originaires de banlieue qui pourtant sont porteurs de projets intéressants. Elle a souhaité de ne pas voir la question des banlieues réduite à un problème territorial. En effet, pour avancer, il importe de faire confiance à cette nouvelle génération d'entrepreneurs de toutes origines.
Autre fonds d'investissement qui suit la même logique : le BAC (Business Angels des Cités), présidé par Aziz Senni, s'adresse aux entrepreneurs issus de banlieue ou à ceux qui souhaitent développer tout ou partie de leur activité en banlieue. Son objectif est de répondre aux 3 problématiques rencontrées par ces entrepreneurs : un handicap d'accès au financement, un déficit de réseau (ce que l'on appelle le capital social) et un déficit d'expérience. Le BAC prend des participations financières dans les projets qu'elle juge fiables. Elle assure aussi un accompagnement et des conseils pendant 3 à 7 ans. Une fois le projet viable, le BAC revend ses parts au manager.
François Xavier Huart, Secrétaire général de Nos Quartiers ont des Talents, a ensuite présenté son association née en 2005, qui se propose de parrainer de jeunes diplômés pour leur permettre de trouver un emploi. Son bilan est très positif : plus de 50% des jeunes pris en charge a été recruté. L'association vise pour 2008 l'accompagnement de 1500 jeunes diplômés. Selon lui, ce projet est un succès car il est parti des besoins concrets et du refus du misérabilisme et de la discrimination positive. Son credo : développer les compétences existantes pour faire de la diversité un facteur de croissance. Pour en savoir plus sur cette association, cliquez ici.
Ces projets m'intéressent tout particulièrement car ils participent d'une démarche de lutte contre les discriminations, en offrant la possibilité à des jeunes qui rencontrent des difficultés d'accéder au marché du travail. A l'Assemblée, le groupe socialiste poursuit la même démarche. En tant que législateur, notre rôle est d'élaborer une politique publique de lutte contre les discriminations qui permette à toutes les initiatives d'aller encore plus loin.
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