Sur l'identité française
Depuis des mois, on nous serine avec le problème de l’identité. Nous aurions besoin de défendre notre identité française…. L’extrême droite, suivie par une partie conséquente de l’opinion, déplore cette perte supposée de l’identité française.
Cette question ne m’a jamais consciemment préoccupée.
Mon identité de femme et celle des femmes en général m’a préoccupée. Les femmes sont encore largement dominées aujourd’hui. La guerre que font les élites de droite comme de gauche à Ségolène Royal depuis 2006, rentre, certainement, dans un tel cadre. Certain(e)s en sont restés au « sois belle et tais toi ». Rien ne démontre pourtant que parmi les dirigeants politiques, les hommes seraient bien plus intelligents que les femmes. Seuls, le Brésil, l’Argentine, le Chili, des pays que je considérais comme machistes, n’ont aucun problème pour choisir des leaders femmes.
J’ai également souffert de mes origines modestes, disons de mon identité sociale. Une mère issue d’une famille de 6 enfants : 5 filles et 1 garçon. 4 des 5 filles furent ont été « bonnes » dans des familles bourgeoises dès la fin de la scolarité obligatoire à 14 ans. La plus jeune des filles a passé un CAP de couturière en apprentissage. Quand j’étais interne au lycée Claude Gelée à Epinal, j’étais béate d’admiration lorsque je voyais les mères bourgeoises attendre leurs gosses au parloir, bien habillées… La classe.
Mais, avec le temps, j’estime avoir transformé cette infériorité en une force.
Mon père, alsacien, et m’a proposé d’apprendre l’allemand. J’ai pris la première décision importante de ma vie en choisissante d’apprendre l’anglais et non l’allemand. Pourtant, je sens que j’ai des origines teutones. J’aime les allemands, leur rigueur, leur discipline (malgré les excès que cela a pu, ou peut entrainer), leur sens de l’économie, leur efficacité. Je trouve sympathique qu ‘Angela Merkel, par exemple, aille faire ses courses seule au supermarché du coin. J’aime d’autres choses chez les anglais et les américains, chez les italiens… C’est cela l’Europe. Et lorsque je suis aux Etats unis, je me sens européenne. Vraiment.
L’image de la France que me renvoient les américains, c’est la mode française, la nourriture française, notre opposition à la guerre en Irak, ils constatent, étonnés, la stratégie différente de Sarkozy à propos de la Libye. Notre tendance à tout critiquer, notre joie de vivre… (Nous avons une meilleure espérance de vie que la leur). L’art aussi, le moindre petit musée a un ou deux Monet. L’identité culturelle française est ainsi perçue.
L’identité des individus a donc de multiples composantes. Pourquoi certains s’accrochent-ils à « l’identité française » en se limitant souvent au nationalisme ? L’identité des autres vaut bien la nôtre. Je crois que dans ce monde bouleversé, il faut trouver de nouveaux repères.
Pourquoi ne pas parler aussi de retour à l’identité régionale, et aux langues régionales. Rétablir des frontières entre les régions françaises, celles d’avant la Révolution? Précisément, les alsaciens et les corses retrouvent leur identité régionale sans remettre en cause le cadre national ou européen. Je ne partage donc pas l’avis des gens qui prônent le retour en arrière, le repli sur soi, en quittant l’Europe. Je ne pense que l’Europe gère nos vies. Comme si quitter l’Europe allait résoudre tous nos problèmes. Certains, aux Etats unis, de la même façon, n’ont pas renoncé à l’époque où, en Caroline du Sud, pour 250 dollars, on pouvait acheter une esclave noire pour s’occuper des enfants.
Evidemment, lorsque la France accueille des étrangers ou des immigrés, cela influe sur son identité culturelle. Et alors ? Je ferai, un jour, un tableau de l’Islam, ni plus ni moins digne de respect que la Chrétienté.
Notre économie a eu besoin des immigrés et elle en aura besoin demain, d’autant plus que les pays occidentaux assistent à un vieillissement de leur population. Il est plutôt barbare d’avoir employé les travailleurs des pays du sud et de leur dire maintenant : nous fermons les frontières, débrouillez-vous. Même si l’on ne peut, comme l’avait dit Rocard, « accueillir toute la misère du monde ». Ou alors, il faut renier les valeurs de civilisation et nous livrer à des guerres brutales pour les ressources comme l’ont fait Les Vikings , Attila, ou le barbare numéro un, qui a été à deux doigts de conquérir le monde, Genghis Khan. Ce fut le début de la mondialisation.
Joëlle Koenig
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