L’Association de Culture Berbère célèbre la mémoire de Frantz Fanon

Le 6 décembre 1961, peu avant l’accession de l’Algérie à l’indépendance, Frantz Fanon s’éteignait à 36 ans après s’être consacré entièrement durant des années à ce combat contre le colonialisme. Pour le 50° anniversaire de cet évènement l’ACB, bien connue dans nos quartiers pour son action culturelle consacrait un colloque de haut niveau à Frantz Fanon ;
Le film émouvant de Cheik Djemai pour RFO rappelait ses années de jeunesse à la Martinique, son départ tout jeune « en dissidence » comme on appelait la résistance aux Antilles, pour libérer la France durant la guerre, avec son ami Marcel Manville, plus tard avocat communiste connu et qui jusqu’à la fin de sa vie s’est fait le propagateur de sa pensée. Il évoque aussi les années d’étude à Lyon pour devenir médecin psychiatre, et la rencontre avec l’Algérie à l’Hôpital Psychiatrique de Blida. Chacun sait la révolte de Fanon face à une psychiatrie officielle qui entendit soigner en Afrique du Nord, sans tenir compte de la culture des malades et du contexte pathogène entrainé par la situation du pays et les discriminations afférentes à une situation coloniale. Comme Albert Memmi, Fanon a disséqué les ravages causés par ce contexte, dans la santé mentale des personnes concernées et a donc voulu adapter en conséquence les traitements. Finalement il a démissionné de l’Hôpital de Blida qui porte actuellement son nom et s’est consacré directement à la lutte en soutien au FL N.
Ses derniers écrits et notamment Les Damnés de la Terre sont une somme de sa pensée et de ses analyses au contact avec la réalité et on y trouve une dénonciation percutante du colonialisme, mais aussi et surtout une vision prémonitoire des travers dans lesquels ces militants qui libéraient leur pays ne devaient pas tomber pour éviter qu’une oppression en remplace une autre.
Il en appelle aux élites, pour ne pas constituer une bourgeoise égoïste, affairiste qui ne serait qu’une caricature de la précédente. Il craignait que les mouvements de libération se transforment en partis uniques, jouant sur les divisions ethniques et sur les frontières héritées du colonialisme. Il décrit à l’avance certaines dérives, comme la perpétuation de la domination par la soumission de gouvernements nationaux corrompus aux intérêts des anciennes métropoles coloniales, recherchant leur intérêt familial sans considération de l’intérêt de leurs peuples et notamment des jeunes laissés livrés à eux mêmes et inactifs.
Sa mise en garde résonne encore plus à l’heure des révolutions dans les pays autour de la Méditerranée et même à l’heure où notre pays traverse une crise grave : « Seul l’engagement massif des hommes et des femmes dans des taches éclairées et fécondes donne contenu et densité à une conscience. […] L’expression vivante de la nation c’est la conscience en mouvement de l’ensemble du peuple. »
Ou encore : « le gouvernement national, s’il veut être national doit gouverner par le peuple et pour le peuple, par les déshérités et pour les déshérités. »
Oui, aujourd’hui encore la pensée de Fanon est plus que jamais d’actualité.
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