Quelle suite pour le pacte européen sur l'immigration ?
Brice Hortefeux s'est réjoui d'avoir fait approuver lundi son pacte européen sur l'immigration. Or, malgré sa présentation élogieuse de la politique migratoire française, une grande partie de l'opinion n'y adhère pas car elle ne la trouve guère équilibrée.
Un pacte Européen ne pourrait faire fi des engagements internationaux contractés par les pays européens et notamment de la Convention sur les Droits de l'enfant, qui s'oppose à ce que ceux-ci soient séparés de leur famille ou emprisonnés.
Déjà, la Directive retour adoptée par le Parlement européen avec la possibilité de détenir des mois entiers des candidats à la migration et des enfants a jeté le trouble dans une grande partie de l'opinion européenne, même mondiale. Quand on visite les centres de rétention, on mesure la désespérance de ceux qui s'y trouvent et qui parfois y sont ramenés à diverse reprises même s'ils sont inexpulsables. D'où des tentatives de suicide à répétition. On ne peut évoquer sans frémir des charters conjoints entre les divers pays européens pour renvoyer les non admis. Quelle image de l'Europe recroquevillée sur elle-même et sur ses privilèges sera ainsi affichée aux yeux du monde ?
Sous l'impulsion de l'Espagne, l'interdiction des régularisations massives et collectives a été retirée. Encore une belle opération de communication, car aucun pays, en fait, ne procède ainsi. Au contraire, comme en France, les situations individuelles des migrants sont examinées pour décider de leur admission. Un Pacte Européen ne peut évidemment avoir la prétention de dicter aux autres pays leur politique en cette matière.
Une fois de plus l'aide au développement ou le développement solidaire sont cités dans le projet de Pacte Européen sur les migrations mais de manière annexe et imprécise sans qu'on voie se dessiner les politiques ambitieuses qui seraient nécessaires en cette période de crises alimentaires dramatiques.
Heureusement que quelques sages ont sauvé l'honneur de notre pays en mettant un coup de frein à des dérives encore plus pernicieuses comme les quota par régions géographiques d'origine ou autres modifications constitutionnelles qui nous étaient annoncées.
Les migrants ne sont pas des marchandises dont la gestion se régule par des objectifs chiffrés. La fixation d'objectifs chiffrés en matière migratoire a déjà montré ses conséquences désastreuses. La politique de reconduites à la frontière a conduit à des situations explosives, comme en témoigne la révolte et l'incendie au Centre de rétention de Vincennes.
En effet, pour faire du chiffre, les autorités sont amenées à arrêter des personnes présentes en France depuis de longues années, qui y ont des attaches familiales ou un emploi, même s'il est exercé sans papiers. Que dire de l'affligeante situation des roumains reconduits fréquemment pour améliorer les statistiques, bien qu'ils bénéficient de la libre circulation en tant que membres de l'Union Européenne ?
On a parlé récemment de France moisie. C'est le terme qui convient pour la politique frileuse, étriquée et sans la moindre générosité proposée par ce Pacte qui est loin de susciter un enthousiasme excessif de la part des autres gouvernements concernés. Ce n'est manifestement pas ainsi qu'on ravivera la flamme des peuples pour la construction européenne.
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