A propos de l'identité nationale

Une fois de plus à travers la presse le Ministre de l’ Immigration, de l’identité nationale et de l’immigration, Brice Hortefeux tente d’expliquer l’appellation hétéroclite de son Ministère en alléguant divers arguments qui, isolément, peuvent sembler intéressants mais qui, assemblés, ne parviennent pas à emporter l’adhésion, faute de cohérence avouable.

 

Pourquoi accoler ainsi l’immigration et l’identité nationale, si ce n’est pour faire écho, même de manière subliminale, à l’idée répandue selon laquelle l’immigration constitue une menace pour celle ci ?

L’argumentation développée par le Ministre, dans une récente tribune, pour justifier cette appellation est en elle même éclairante, quand il prétend que l’identité française est une donnée préexistante, comme figée, que les migrants doivent respecter lors de leur arrivée sur le territoire, ce qui devrait les obliger à mettre de côté ce qui fait leur propre identité. Or, la venue par couches successives, depuis des lustres, d’immigration de toutes sortes a effectivement contribué à façonner l'identité française qui, au fil des années, évolue et se modifie, recréant au fur et à mesure des équilibres nouveaux.

M. Hortefeux va même plus loin puisqu’évoquant Appollinaire, d’origine russe, qui s’est engagé durant la guerre de 1914 pour défendre sa patrie d’élection, il souligne que le devoir de mémoire va de pair avec le devoir de servir ; cette amnésie est frustrante pour tous les descendants des soldats issus des colonies alors qu’à travers tout l’ex -empire ils se sont levés en masse pour venir défendre la France lors des deux guerres mondiales et ont ainsi versé l’impôt du sang.

Je préfère ce que dit Ségolène Royal quand elle évoque cette notion fondamentale selon laquelle notre pays doit aujourd’hui se reconnaître pour ce qu’il est, coloré et métissé surtout dans ses grandes villes, donc assumer son identité actuelle et ne pas se réfugier dans une identité nostalgique et rêvée. Je pense que c’est en grande partie à cause de cette affirmation que Ségolène Royal a ainsi séduit dans les quartiers populaires qui se sont enfin reconnus comme partie intégrale, assumée et vivante de l’identité française.

Si effectivement l’identité nationale consiste à se réunir autour de valeurs, il faut certes s’élever contre les communautarismes, mais il faut surtout avoir à l’esprit que ces valeurs de la République peuvent être portées par des français dont l’apparence n’est pas conforme aux standards habituels.  En 1802, quand le Général Richepance est envoyé par Napoléon Bonaparte à la Guadeloupe pour rétablir l’esclavage, ce sont les hommes de couleur révoltés qui portent les idéaux de la Révolution Française, donc qui représentent les valeurs constitutives de l‘identité française et non ce général esclavagiste.

Le discours sur le communautarisme est souvent biaisé car il consiste aussi à enfermer quelqu’un dans sa seule apparence physique ou sa religion pour lui dénier la possibilité de représenter le citoyen ordinaire, voire l’homme universel. Le reproche de communautarisme est souvent aussi éclairant sur l’état d’esprit de celui qui le profère, que sur la personne à qui il s’adresse.

Certes, les déclarations du Ministre ont porté sur d’autres aspects et je ne puis qu’approuver la lutte contre le travail clandestin puisque j’ai attiré son attention sur ce point lors de son audition à la commission des lois. On ne peut qu’être d’accord sur la politique consistant à mieux réprimer le travail au noir, vecteur essentiel de survie pour les sans papiers. Qui ne voit cependant la disproportion entre les chiffres annoncés de 200000 à 400000 clandestins, l’objectif annoncé de reconduites à la frontière et le nombre d’employeurs mis en cause, soit quelques centaines ?Dans le projet de loi qui est soumis au Parlement, cet aspect est d’ailleurs ignoré.

Au contraire, ce sont de nouvelles tracasseries administratives permettant d’ajourner indéfiniment le regroupement familial que nous sommes conviés à étudier, sans qu’on comprenne comment l’objectif de diminuer sensiblement celui-ci peut se conjuguer avec les principes fondamentaux, garantis par la Convention européenne sur le droit à une vie familiale normale.

Chacun sera d’accord aussi avec le refus de piller les cerveaux dans les pays du Tiers Monde, mais alors que signifie vraiment cette politique dite d’ « immigration choisie » et que se passera t il pour tous les malheureux qui quittent en masse les rivages de l’ Afrique et qui sans aucun doute ne seront pas, eux,choisis, mais pour lesquels on ne voit nullement se mettre en place les mécanismes de solidarité suffisants permettant d’aider au développement sur place et d’éradiquer les dictatures si dures pour les peuples?

Certes il faut démystifier dans le Tiers Monde le mirage de l’ Europe comme solution à tous les maux, mais faute de se donner les moyens pour tarir sur place les causes de départ, tous les discours sur la maîtrise des flux migratoires, et tous les barbelés hérissés aux frontières de nos pays risquent de ne pas servir à grand chose.

Fichiers attachés